« Si les gens ne croient pas qu’ils peuvent obtenir les résultats qu’ils désirent grâce à leurs actes, il sont bien peu de raisons d’agir ou de persévérer face aux difficultés. »
Albert Bandura
Dans notre monde en perpétuel mouvement, l’indécision constitue un vrai paradoxe. D’un côté, il faut être un peu indécis pour ne pas s’arc-bouter sur des choix par trop définitifs qui nous empêcheraient de saisir une opportunité intéressante (et imprévue) ; d’un autre côté, l’indécision peut facilement mener à l’anxiété, ce qui n’est jamais bon car on se sent alors sans moyen et on peut encore moins facilement faire des choix. Mais que faire ?
Le catalogue des idées reçues
L’indécision vient le plus souvent de croyances erronées.
Dans le domaine de l’orientation les idées reçues sont en effet légion. En voici un petit florilège :
- Il y a un et une seule voie qui me correspond vraiment.
Si chacun d’entre nous a des talents, des intérêts et des motivations qui feront qu’il se sentira mieux et sera plus efficace dans une activité professionnelle plutôt qu’une autre, il n’y a pas pour autant une seule voie possible de réussite. Les talents permettent tout au contraire d’accéder à une véritable palette de choix possibles parmi un groupe d’activités faisant précisément appel aux talents en question. Par ailleurs, il n’est pas rare que des personnes prennent du plaisir dans l’exercice d’une activité qui, au départ, ne correspondait pas particulièrement à leurs talents de base. La vie, et c’est heureux, connaît mille et un détours et l’être humain n’est pas réductible à un rôle et un seul. - Le choix que j’ai à faire m’engage pour toute la vie.
Cette source d’indécision (la peur de se tromper dans ce choix que l'on croit définitif) est assez fréquente. Elle prouve que la perception des choses passe d’une génération à l’autre et met du temps pour évoluer. En effet, ceux d’entre vous qui passeront leur vie professionnelle en exerçant un seul et même métier ne seront certainement pas légion. D’ores et déjà, technologies et mondialisation de l’économie aidant, les activités professionnelles changent et les individus sont contraints, de plus en plus fréquemment, à se réorienter voire se reconvertir totalement. Plus que de choisir un métier pour la vie, il s’agit pour vous d’identifier le type d’activité professionnelle le plus susceptible de correspondre à vos talents, à vos intérêts et à vos motivations. C’est ainsi, et seulement ainsi, que vous pourrez ensuite plus aisément choisir parmi les postes qui vous seront proposés. C'est ainsi aussi que vous pourrez construire une vie professionnelle riche et avec le minimum de périodes d'innemploi. En effet, cette façon de voir vous permettra d'acquérir une grande souplesse d'adaptation aux possibilités du marché. - Je veux être certain de faire le bon choix.
Y-a-t’il seulement un bon choix, serait-on tenter de répondre. Paradoxalement le bon choix, qui induit l’idée qu’il n’y aurait qu’un choix unique (voir point précédent), ne s’assimile-t-il pas à une voie de garage? En effet, lorsque l’on n’a qu’un seul choix, n’est-ce pas simplement parce que les contraintes extérieures sont trop fortes? Vouloir être sûr de faire le bon choix est souvent une façon de ne pas vouloir choisir. C’est aussi prendre le risque de perdre un temps précieux en tergiversation quand d’autres savent utiliser leur indécision pour se laisser en partie porter par leurs envies et leurs intuitions. - Je veux absolument exercer un métier reconnu.
Tout le monde aspire, sinon à la notoriété, tout au moins à une certaine reconnaissance par son entourage. Preuve que la sphère professionnelle reste un miroir important et une source d’identité sociale. Toutefois, positionner sa recherche de manière trop ambitieuse peut, dans certains cas, être facteur d’indécision et donc d’anxiété. Avoir de l’ambition, vouloir réussir et exercer une activité professionnelle valorisante n’est bien sûr pas une tare. Mais, outre le fait que la réussite professionnelle ne remplacera jamais la valeur personnelle, c’est prendre le risque de choisir en fonction des modes. Attention au phénomène de la girouette car les modes d’aujourd’hui ne sont pas forcément celles de demain.
Contrôler la situation
La plupart du temps, l’indécision est créée soit par un manque d’information soit, au contraire, par un trop plein ; une absence de méthode ; une trop grande dépendance par rapport à votre milieu ou, encore, un certain manque de maturité vocationnelle. L’interaction avec l’entourage est bien évidemment importante et joue un grand rôle dans nos indécisions et, de manière plus générale, dans notre manière de nous sentir ou non «capable» d’entreprendre telle ou telle chose. Par ailleurs le fait de ne pas avoir le sentiment de contrôler les évènements a le plus souvent pour conséquence de nous faire hésiter et à reculer au plus possible la prise de décision.
La vraie «recette» pour éviter de passer de l’indécision à l’anxiété, votre véritable ennemie, est de vous interroger sérieusement sur la ou les raisons de vos hésitations. Qui peux être assez prétentieux (ou naïf) pour se croire capable de trouver sa voie en une seule fois et sans aucune difficulté de choix ? Ce qui compte, au contraire, c’est de savoir que choisir une orientation est une chose complexe, qui se fait par étapes et par essais erreurs. Mieux vous comprendrez que l’indécision est partie intégrante d’une vraie démarche d’orientation et moins vous aurez de risque de vous angoisser pour votre avenir. Vous pourrez en effet plus facilement faire part de vos doutes et de vos interrogations et ainsi vous donnez de meilleures chances de trouver de bons interlocuteurs.
Gérard Roudaut (La Maison de l'orientation) - janvier 2007

